Le vigneron : cheville ouvrière du tourisme du vin

Combien de virées dans les vignobles au détour d’un voyage pour charger le coffre de la voiture avant le retour : nous vivons le tourisme du vin depuis bien longtemps déjà !

Depuis cet âge devenu mythique, un nouveau secteur d’activité est né : l’œnotourisme.

D’une pratique informelle, nous sommes passés à la professionnalisation. La transition est toujours en cours. Les deux mondes du tourisme et du vin se métamorphosent. Après avoir essuyé les plâtres, accumulé les erreurs et s’être observés avec incompréhension, ces deux mondes passent à une phase plus constructive, avec l’appui bienveillant des autorités nationales.

 

La réglementation tend à organiser un secteur en devenir.

Chacune de ces deux branches posent les premières travées d’un pont qui est en cours de construction.
Mais revenons en aux bases :
– l’œnotourisme est l’expression d’un désir de découvrir le vin dans son pays d’origine.
– le vigneron est celui qui donne naissance à l’objet du désir de nombreux oenotouristes.
– le monde du tourisme est un intermédiaire entre une demande (pays émetteur) et une destination (un terroir, une cave…)

 

Avec A Mathieu vigneron au domaine du même nom à Châteauneuf di Pape
Avec A. Mathieu vigneron au domaine du même nom à Châteauneuf du Pape

 

S’il est indéniable que le client/touriste constitue la source, l’énergie de cette économie fournie par le vigneron représente la matérialité, l’existence de ce nouvel univers touristique. Il est l’âme, le créateur (souvent invisible) de tous ces produits et services que l’on nomme l’œnotourisme.

 

C’est lui l’hôte qui reçoit, c’est lui qui fait les choix qualitatifs (mode cultural, date des vendanges, type d’élevage…), c’est lui qui adapte son patrimoine architectural aux impératifs du tourisme, c’est lui encore, tel le jardinier, qui entretient le paysage.

Il est partout, face au comptable, aux ouvriers agricoles, aux inspecteurs des impôts, aux œnologues…le temps peut souvent lui manquer. Jadis, les horaires d’ouverture étaient aléatoires, selon les travaux à faire. En bon commerçant, il ouvrait ses portes, soirs et week-end, heureux et fier de montrer sa production.

 

Mais les temps on changé : lœnotourisme est né !

Les Français ne constituent plus l’unique public. Les codes sociaux et comportementaux changent au grès des types de visiteurs. Le monde du tourisme arrive, imposant ses propres contraintes et méthodes de travail. Le monde s’est globalisé. La présence d’internet et des réseaux sociaux changent encore une fois la donne : certains vignerons deviennent plus célèbres en Californie ou à Singapour que dans leur village !

Ne l’oublions pas, où que nous soyons dans la chaîne de l’œnotourisme (le client, l’agence de voyages, la plateforme de distribution, l’administration du tourisme, l’office du tourisme, l’hôtel…) : cet univers du tourisme viticole gravite autour de l’homme ou de la femme qui vit pour ses vignes et ses vins.

Message in a bottle

Au tout début du 20ème siècle le célèbre baron le Roy a compris les particularités de son pays et du vin que l’on y produisait. Il a posé les premières bases de la notion d’appellation !
L’histoire des AOC est une histoire des hommes, de la communauté vigneronne, qui fière de sa particularité locale (le terroir), a réussi à mettre en avant une identité.

 

On choisi une destination pour les mêmes raisons que l’on achète un vin : pour un Français, l’idée de voyager en Espagne n’est pas chargée de la même manière que de partir pour le Japon !
Ces choix sont le résultats d’images accumulées, d’expériences d’amis, de lectures, d’informations et de fantasmes qui se rapprochent plus ou moins de la réalité.

Les paysages forts sont souvent à l'origine de nombreuses appellations de qualité !
Les paysages forts sont souvent à l’origine de nombreuses appellations de qualité !

Et chaque culture, porteuse de sons, d’odeurs, de rythmes, d’expressions, de paysages urbains et naturels tellement variés, offrent spontanément une identité qui constitue l’argument principal d’un voyage.

 

Les vins sont également sujets à de telles rêveries…la dégustation d’un Pic Saint Loup à Manchester ou d’un Gigondas à Boston ouvre automatiquement sur un imaginaire favorable à l’évasion.
La garrigue, le soleil, les gens se retrouvent dans un verre, à l’insu du vigneron : chaque gorgée devient un message promotionnel.
Les accents des serveuses, l’ombre tranchée des platanes, les villages en grappe sur les collines orientent le futur voyageur, l’œnotouriste, vers un choix intuitif, qui aboutira, un jour chez le vigneron.

 

Quelle force qu’un simple verre de vin !

Le vigneron qui réussit ce tour de force de faire rentrer son pays dans la bouteille a fait le plus gros du travail, le client est séduit.
L’appel du terroir aimante, spécialement les consommateurs originaires des pays du nouveau monde, privés de cet ancrage du lieu. L’envie de savoir pourquoi le vin est différent, de voir les paysages, d’en sentir les parfums devra être assouvie.

 

Ne les décevons pas avec nos à peu près, notre habituel air maussade et notre amatourisme.
Le terroir c’est l’unique dans le collectif, c’est l’identité d’un vigneron dans sa communauté : c’est tout ce que recherche l’œnotouriste !