Le mystère des vins français

Pour les visiteurs d’outre-Europe, nos vins ont quelque chose de différent, et ils l’expriment souvent en utilisant l’expression : « vins français » !
Que veulent-ils dire par là ? Est-ce en comparant nos produits aux vins Californiens, Argentins ou Australiens qu’ils en sont venus à identifier une sensible distinction ?

 

Il est vrai que la frontière entre les perceptions émotionnelles d’une Culture et les sensations propres liées à une dégustation est très poreuse : ils associent l’élégance de nos vins à notre art de vivre. Pour paraphraser Descartes, cela donnerait une formulation comme ceci : La vie en France est harmonieuse donc les vins sont fins !

L'image des vins de France n'est perçue de la même manière selon votre origine.
L’image des vins de France n’est perçue de la même manière selon votre origine.

Nous Français, sommes porteurs de cette élégance sui generis, nous ne la voyons pas. Ainsi le vigneron, presque inconsciemment, travaillera sa vigne en harmonie avec sa vie et ses goûts personnels. Cela a donné naissance au cours du temps, à un système assez compliqué pour la plupart, y compris pour nous Français : le principe des terroirs et des appellations.

 

Les œnotouristes parlent de style, de « moins de lourdeur », de « plus d’élégance », de finesse, d’équilibre, de « plus de complexité »… Ces expressions et cette subtilité appréciée n’ont rien de magique, elles sont le fruit du travail et de choix esthétiques : faire des vins de terroir implique un investissement humain plus qu’économique.

J’ai trouvé une définition éclairante sur « www.winemag.com« , site américain : « The style of French wine echoes that of the French themselves — elegant, well-dressed, showing an appreciation for the good things of life but never to excess ».

 

Les vins Français seraient donc des vins plus « sociaux » et moins « business » ?

Si le concept de « vin Français » intégré par les visiteurs étrangers correspond à la perception de vins de terroir, le monde viticole en France possède un avantage concurrentiel capital : le savoir-faire est notre intelligence économique.
Le tourisme du vin peut alors devenir le vecteur idéal pour promouvoir ce concept, enfoncer le clou sur notre exception culturelle viticole, faire la différence avec d’autres pays producteurs de vin.
La marque France prend un sens qui mérite toute notre attention, les pieds dans la vigne et le nez dans les taux de remplissage.

Services contre Produits

L’œnotourisme est à la mode, les autorités politiques et administratives impulsent cette dynamique pour réveiller une économie poussive, compenser une consommation nationale décroissante, et promouvoir nos vins à l’export.
L’idée est excellente, d’autant qu’elle surfe sur une tendance mondiale, où la demande étrangère, stimulée par la qualité de nos crus, la beauté de nos paysages et l’art de vivre, idéalise le produit œnotourisme made in France !

 

Mais nous avons à faire face à un antagonisme culturel : « vin/produit » versus « tourisme/service ». Le tourisme vend de l’immatériel, un produit touristique n’existe que s’il est vendu. Alors que le vigneron vend un produit fini – et vendu ou non, le vin existe bel et bien (pour preuve, les récurrents problèmes liés au stockage) : cela pose la différence fondamentale entre les deux univers.

Le monde du pragmatisme, de la lenteur, de l’ancrage local face à celui de l’immatériel, de l’hyper disponibilité, et de la mondialisation.

La manière de valoriser un produit change complétement la perception que l'on en a !
La manière de valoriser un produit change complétement la perception que l’on en a !

Des convergences peuvent exister, et la formation en est l’un des premiers vecteurs : le monde du tourisme doit apprendre à connaître celui du vin et inversement.
Le passage à un fonctionnement partenarial est beaucoup trop lent en France, les logiques de méfiance, les inadaptations comportementales, le mépris parfois constaté pour les métiers de l’accueil sont les principaux freins à lever.

 

La formation reste le meilleur moyen d’adaptation

Le secteur touristique poussé par une demande spontanée s’adapte tant bien que mal mais ne trouve pas toujours de partenariats avantageux avec les vignerons. Les caves, stimulées par les syndicats de cru, ne proposent pas d’offres standard facilement commercialisables.

Les opérateurs touristiques ne connaissent pas assez les valeurs des vins et terroirs, les contraintes d’organisation des domaines, des potentiels paysagers et spatio-temporels.
De leur coté, les domaines ignorent les rythmes imposés par les flux touristiques, les délais de réactivité nécessaire, l’importance de la relation de confiance.

 

Mais qu’est-ce qui relie ces 2 mondes si différents ? On connait la réponse : il s’agit du rêve et le plaisir. Vin et destination touristique fonctionnent sur les mêmes leviers émotionnels, sources de développement non seulement économique mais aussi culturel.

Le modèle du tourisme du vin est essentiellement anglo-saxon, monde plus flexible que le nôtre, mais je ne doute pas, en prenant en compte notre « exception culturelle » que nous puissions adapter ce nouveau métier à nos particularités culturelles de terroir.