Souvent le vin est le signe d’une approche communautaire

Pour de nombreux consommateurs non Européens, la consommation de vin ne va pas de soi. Souvent ces amateurs sont en quête de savoir, ils avancent en terre œnophile avec un souci d’appropriation et une recherche de modèle.

Ils deviennent winelovers par un apprentissage et un investissement personnel, s’initient au vin en passant par des crus plutôt prestigieux, achetant l’image du vin avant tout, pour devenir par la suite d’authentiques amateurs.

 

Visiter un vignoble : c’est aussi un parcours pédagogique

Partant d’un à-priori négatif, ils cherchent activement des éclaircissements. Les voyages – même s’ils ne sont pas centrés uniquement sur le vin – englobent cette dimension pédagogique qui est une condition nécessaire et implicite.

En France, nous pensons le vin autrement, la démarche est plus simple, nous y entrons malgré nous ; notre connaissance du vin (souvent tronquée, parfois trompeuse) est issue d’un phénomène de mimétisme qui commence à la table familiale.

Les amateurs de vins appartiennent au grand club mondial du vin
Les amateurs de vins appartiennent au grand club mondial du vin

Pour les visiteurs du nouveau monde, le vin correspond à une approche plutôt communautaire. Cela devient un moyen d’identification sociale et culturelle, ce savoir-être peut s’afficher, comme la pratique de toute autre activité valorisante : « wine remains an anchor point in their lifestyle their connection with the category is being enhanced by the steady accumulation of knowledge« *

 

 

Les habitudes sociales du partage, de la gastronomie (les accords mets/vins), les moments du vin sont différents des traditions Européennes et en France particulièrement. Elles sont liées au rituel du repas ou du choix du vin, selon le temps de la semaine ou de l’année.

 

Chaque pays a ses rituels de table

Nos distinctions : « vin du quotidien / vin du dimanche / vin des grands événements » ne se retrouvent pas ainsi. Le nouveau monde parlera du prestige du vin, du coût ou de la note donnée par un critique du vin, où l’on ouvrira une bouteille précieuse pour le fun, sans mise en scène. A table, un convive pourra boire un canon, se servir, sans automatiquement en proposer à d’autres – l’un boit du vin comme un autre prendra un soda ! Chaque pays a son approche…

 

Contrairement à nous autres Européens,  le touriste œno-curieux a souvent un complexe de ne pas savoir, largement compensé par le sentiment d’appartenir à ce club des bons vivants qui savent se tenir (un peu à l’image des Grecs anciens qui pratiquaient le symposion : qui buvaient juste pour libérer la parole, tout en gardant le contrôle).

 

Il est important de garder en mémoire ces variations culturelles pour envisager la promotion du tourisme du vin, et sa mise en pratique. En vendant un produits œnotouristique ou en accueillant dans votre cave, l’important est de savoir que les touristes, comme nous, communient à la même coupe, celle des winelovers !

* : Le vin reste un point d’ancrage dans leur style de vie leur rapport et est amélioré par l’accumulation régulière de connaissances.

Faites des Chinois les Américains de demain

Identifiée à la culture Méditerranéenne il y a 2000 ans, la vigne est devenu symbole de la chrétienté,  puis s’est exportée dans les pays du nouveau monde au 17ème siècle.
Il y 10 ans encore, les visiteurs Texans ou Newyorkais étaient souvent sujet de plaisanterie pour leur manque de savoir-vivre au sujet du vin.

 

La demande des oenotouristes devient plus précise

Leurs exclamations admiratives pour les rouges trop lourds et patinés, leur approche indistincte des appellations, leur penchant pour les goûts boisés, leur émerveillement facile pour notre patrimoine viticole et leur incompréhension rédhibitoire pour la notion de terroir faisaient de cette clientèle l’objet de soupirs exaspérés et de sourires en coin : l’américain avait la réputation du bon client fâcheux.

 

Cette image du redneck au dollar agressif s’est volatilisée au profit d’une évolution bien plus positive : aujourd’hui  l’approche est bien plus modeste, le désir d’apprendre est devenu stimulant, les vins plus équilibrés et nuancés sont maintenant l’objet de leur quête. On considère désormais le vin outre Atlantique comme objet d’étude et d’apprentissage.

La clientèle asiatique est très curieuse d'apprendre
La clientèle asiatique est très curieuse d’apprendre
Le marché Chinois se globalise très rapidement

Depuis peu, le marché Chinois s’est ouvert en libérant des flots de néo consommateurs plus habitués au thé qu’au fruit de la vigne. Combien de fois m’a t-on demandé de quelle espèce étaient les petits arbres plantés en rang, partout dans les paysages du sud de la France ? Ils parlaient de la vigne bien entendu !

 

Leur regard toujours derrière l’objectif, leur naïveté parfois confondante au sujet des appellations, leur désintérêt pour les accords gastronomiques … a de quoi nous désarçonner. Ils trouvent parfois trop tannique un vin primeur comme le Beaujolais !

 

Comprendre le client est toujours la démarche essentielle. Ainsi au-delà de l’aspect sensoriel, le symbolisme explique leur préférence pour le vin rouge qui représente 80% de la consommation : La prédominance du vin rouge en Chine peut être attribuée au symbolisme culturel de bonne augure et de prospérité associé à la couleur.

 

Mais regardons un peu en arrière, et souvenons nous que les yankee d’antan, amoureux des vins surpuissants aux arômes gonflés, sont parfois plus curieux qu’un bon français habitué à ses appellations rituelles.

Un peu de pédagogie, un peu de patience, la clientèle Chinoise pourra aussi atteindre un tel niveau de subtilité, nous avons, en matière de vin, 2000 ans d’avance sur eux.

 

En matière de pratique digitale, l’occident n’a plus rien a leur apporter, il semble même que les citadins diplômés, jeunes ou moins jeunes, qui constituent le gros du flux oenotouristique sont hyperconnectés et réservent tout sur le smartphone via WeChat et Ctrip et achètent leur vin on-line sur Epicurio

chinois-digital

Voyages et gastronomie sont au 1er et 4ème poste de leurs loisirs préférés, cela devrait nous inciter à faire un peu plus d’effort pour comprendre cette clientèle prometteuse.

Remercions les de venir ici pour soutenir une production nationale, encore très fortement exportatrice, que la nation française néglige par sa législation parfois incohérente et sa consommation décroissante. Merci Messieurs les Chinois !

 

Cet article édité en janvier 2014 trouve un écho saisissant dans la réussite chinoise au championnat du monde de dégustation à l’aveugle que relate la RVF…j’ai eu « du nez » pour reprendre la métaphore de l’analyse sensorielle…Je prends pour preuve ce succès de l’Empire du Milieu comme précurseur d’un marché oenotouristique qui va monter en puissance…préparons-nous !

 

Un article publié par le Figaro.fr en juillet 2017 va dans le même sens, on y trouve cette phrase qui reflète exactement le thème de cette présente réflexion : les voyages à l’étranger dans des régions productrices de vin notamment en France et en Italie, l’importance des réseaux sociaux sur lesquels il faut mettre « les photos les plus incroyables », entraînant des « changements culturels » qui influencent les modes de consommation.

Un lien qui peut aider à comprendre les visiteurs Chinois